Epuisement professionnel : témoignage

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Marie-Pierre Mouneyres a fait deux burnouts en dix ans. Ce « mal du siècle » agit à tous les niveaux : émotionnel, cognitif, physique, comportemental, motivationnel…

Par Marie-Pierre Mouneyres

En 2015, je travaille alors en tant qu’assistante dans une ambiance conflictuelle, basée sur des coups bas et des hypocrisies importantes. Que faire ? Je me suis sentie tellement déstabilisée que mon dos s’est bloqué avec des sciatiques paralysantes, ma respiration était limitée, des maux de ventre s’amplifiaient et surtout, je déprimais. Qu’est-ce que je fais ici ? Le nuage sombre au-dessus de ma tête s’est amplifié au fil des jours.

Le médecin parlait de dépression (le mot burnout n’était alors pas « à la mode »), il m’a prescrit un arrêt de travail et des médicaments. J’avais déjà eu le tour des antidépresseurs quelques années plus tôt, après un divorce difficile, je ne voulais pas retomber dans cet engrenage. Les comprimés sont restés dans leur emballage, j’ai choisi de négocier ma rupture conventionnelle, alors que j’étais seule et très précaire financièrement. Peu importe, j’avais besoin de m’éloigner de tout ce marasme, nuisible à ma santé.

 

J’ai donc quitté mon poste le 8 septembre 2015 et j’ai décidé de me terrer chez moi pour écrire mon premier livre « Enfin Libérée ». Au fil de l’écriture, mes émotions allaient bon train, mais un certain apaisement m’envahissait au fur et à mesure que je couchais les détails (occultés) sur la page blanche. Cette autobiographie inspirante a été vraiment libératrice émotionnellement. Sa publication a eu lieu 4 jours avant les 20 ans de ma fille…. Hasard ? Je ne crois pas. Je me suis alors demandé quoi faire professionnellement. J’ai débuté mon métier d’écrithérapeute, pour aider les personnes :

  • À se libérer, comme moi, grâce à l’écriture (mais pas que).
  • A écrire leur propre histoire, en les accompagnant sur tous les aspects éditoriaux, de l’idée à la publication.

 

J’ai monté ma petite entreprise « DesLivresEtVous », écrit un second livre, en 2018 : un guide de développement personnel « Se libérer, oui mais comment ». Le troisième a suivi en 2019 « L’héritage de Julie », axé sur les schémas répétitifs de la généalogie.

 

En 2020, le confinement aidant, j’ai conçu de toutes pièces une formation en ligne « Osez écrire votre histoire », pour guider les futurs auteurs. Un an de travail acharné pour aider un maximum de personnes sur toutes les étapes de conception d’ouvrages. C’est là que mon métier d’assistante de direction et bureautique a pris tout son sens : je peux rédiger, mettre en page, corriger, respecter les normes éditoriales, commander les codes ISBN, faire le dépôt légal et toutes les exigences du secteur.

 

En 2021, j’ai décidé de partir de mon expérience pour mettre en scène, dans mon 4ème livre « Le jour où j’ai compris », une héroïne fictive victime d’un burnout. A travers son histoire, le lecteur suit le cheminement de Mickaëla, quinquagénaire, qui, un matin, ne peut pas se lever. Elle, si active habituellement, se voit imposer un arrêt obligatoire.

Elle doit comprendre pourquoi elle en est arrivée à cette extrémité et nous partage comment elle remonte la pente et donne un véritable sens à sa vie.

En changeant, son entourage évolue également. Son burnout semble, à postériori, une véritable bénédiction pour elle, tout comme il l’a été pour moi.

 

 

Mais qu’est-ce que le burnout ?

Le syndrome d’épuisement professionnel (et/ou personnel), également appelé burnout, est très souvent confondu avec la dépression nerveuse.

Il a été, au départ, identifié chez le personnel soignant nécessitant un engagement personnel intense.

Le burnout fait suite à une succession de situations stressantes dans le travail, mais aussi dans la vie privée. Tous les domaines de la vie peuvent être concernés et amplifier le mal-être.

 

Comment se manifeste-t-il ?

L’importance de l’engagement dans le métier (ou dans la famille et les relations) prédomine et se caractérise sur trois plans :

  • L’épuisement émotionnel : la victime éprouve un sentiment d’être vidée de ses ressources émotionnelles.
  • La dépersonnalisation : elle devient insensible à son environnement, n’éprouve plus d’attrait dans ses relations. La vision du travail et des autres devient de plus en plus négative.
  • Le sentiment de non-accomplissement personnel dans le travail : elle a le sentiment de ne pas parvenir à répondre correctement aux attentes de son entourage, voit une forte dépréciation des résultats, éprouve une sensation de gâchis intense, se dévalorise, s’isole…

 

Certains métiers nécessitent un gros investissement personnel, dont celui de Mickaëla. Elle est assistante de direction et le centre de tous les tracas. Ces professionnels risquent particulièrement le burnout lorsqu’ils ressentent un décalage de plus en plus important entre la représentation qu’ils ont de leur métier, leurs attentes personnelles et la réalité du terrain. C’est exactement ce qu’il s’est passé lorsque je suis rentrée du séminaire. Je n’écoutais pas mon corps, mes besoins.

 

Le phénomène s’est donc amplifié. Cette situation est épuisante, nous vide énergétiquement et peut nous conduire à remettre en cause l’investissement initial du métier.

 

Quels sont les facteurs de risque ?

 

La cause principale du burnout est le stress, la maladie du siècle. Tout comme mon héroïne, je mettais la barre très haute pour satisfaire les besoins de chacun, sauf… les miens ! Oups !

 

La victime de burnout s’impose particulièrement chez les perfectionnistes et ceux qui rencontrent des difficultés à déléguer, provoquant une surcharge de tâches quotidiennes.

 

Le stress se retrouve partout dans le monde professionnel : la course à la productivité, la concurrence parfois déloyale (externalisation en Asie, en Europe de l’Est ou dans les pays en voie de développement), la non-reconnaissance des besoins de l’humain (Oh mon Dieu, les revoilà, ceux-là !) s’ajoutent souvent au stress personnel (transports, temps réduit en famille, enfants, tâches quotidiennes…).

 

Différentes études ont spécifiquement permis de souligner le rôle des facteurs suivants :

  • Surcharge de travail, pression temporelle,
  • Récompenses faibles ou inexistantes,
  • Faible contrôle sur son travail,
  • L’impression de ne plus réussir à effectuer son travail correctement,
  • Manque d’équité,
  • Conflits de valeur, demandes contradictoires,
  • Manque de clarté dans les objectifs ou manque de moyens mis à disposition pour les atteindre…

 

Tout comme moi, Mickaëla, l’héroïne de mon quatrième livre « Le jour où j’ai compris« , cumule plusieurs de ces facteurs depuis de nombreuses années.

 

Quels sont les effets sur la santé ?

Les manifestations, plus ou moins aiguës, de l’épuisement professionnel, peuvent agir à différents niveaux :

  • Sur le plan émotionnel : irritabilité, sensation de vide intérieur, d’impuissance, perte de confiance en soi, pessimisme…
  • Sur le plan cognitif : difficultés de concentration et de réalisation d’opérations simples, altérant la qualité du travail,
  • Sur le plan physique : fatigue généralisée, tensions musculaires, maux de tête, problèmes de dos, troubles du sommeil…
  • Sur le plan comportemental : agressivité, repli sur soi, isolement, impulsivité, réduction de l’empathie, addictions…
  • Sur le plan motivationnel : attitude négative envers le personnel, la direction, désengagement des tâches réalisées avec plaisir, au préalable…

La symptomatologie du burnout est souvent difficile à identifier, par sa complexité. Si la pathologie n’est pas prise en compte, elle peut évoluer vers la dépression.