Femme dans l’industrie : hier et aujourd’hui

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Comment ai-je réussi à m’intégrer dans un univers technique à dominance masculine et à m’y épanouir sans ressentir les freins tant redoutés des femmes ?

 

Par Dominique Bellos , présidente de Dominique Bellos Consulting, ancienne DRH de Hutchinson (Groupe Total) et auteure de "Il était une fois… une femme dans l’industrie", Ed. L’Harmattan.

Aujourd’hui encore, comme en 1970, décider d’une carrière dans l’industrie reste un challenge jugé trop souvent inaccessible par bon nombre de jeunes femmes qui peinent à identifier leurs freins et à se débarrasser de leurs injonctions négatives personnelles. Or ces étapes se doivent d’être franchies afin d’oser s’autoriser à être soi-même et à incarner sa différence. Quelles furent pour moi les clés qui me permirent d’oser ouvrir la porte du monde de l’industrie alors qu’a priori rien ne m’y prédestinait ?

 

La principale clé est celle de la petite voix intérieure. Renforcée par une intuition personnelle, je savais, telle une évidence, que j’allais me plaire dans cet univers, aussi technique et masculin soit-il, et que ma personnalité y trouverait son terrain d’épanouissement privilégié. Je tenais cette conviction de ma première expérience passée au sein d’un grand pôle de la chimie helvétique. Je savais désormais que j’avais besoin d’un patron inspirant, que l’audace, la curiosité et l’humour pouvaient aider à progresser et que le socle de la confiance m’était indispensable pour que je donne le meilleur de moi-même.

 

Si aujourd’hui je pouvais remonter le temps, je n’aborderais pas autrement ma carrière. Serais-je confrontée à plus de difficultés qu’hier pour gravir les échelons que j’avais décidé de franchir, ou à l’inverse ferais-je le constat d’y parvenir plus rapidement ? Je n’en suis pas fondamentalement convaincue. Mais une chose est sûre : si mon « expérience collaboratrice » a été des plus inspirantes, c’est avant tout parce que je me suis plu dans cet univers masculin que j’ai librement choisi et qui m’a accordé sa confiance, qu’il s’agisse de mon conjoint, de mes patrons, de mes collègues ou de mes collaborateurs et avec lesquels j’ai partagé les mêmes valeurs.

 

Comme j’en atteste dans mon récent ouvrage, ne pas être de formation technique, comme ce fut mon cas, ayant suivi des études littéraires, n’est pas obligatoirement un handicap pour une femme qui aspire à diriger un service ou une division industrielle, composés très souvent essentiellement d’ingénieurs. Mais j’atteste également que, pour y parvenir, il faut réunir plusieurs conditions :

 

  1. s’assurer des compétences de ses collaborateurs et de leur sens des responsabilités ;
  2. leur octroyer l’autonomie pour les exercer dans une délégation maîtrisée ;
  3. disposer soi-même d’une grande capacité de discernement technique, ce qui suppose d’être dotée d’une logique implacable et d’une dose de bon sens à toute épreuve ;
  4. avoir le sens du business et celui des résultats, une condition sine qua non pour prendre la direction de toute business unit, quelle qu’en soit la taille, sans jamais baisser le niveau des objectifs ;
  5. mettre réellement l’Humain au cœur de tout projet collectif de changement, ce que sous-tend le management dit féminin, en privilégiant le dialogue, l’écoute, l’équilibre vie privée et vie professionnelle, en créant du lien, en choisissant l’humilité, en osant l’égalité et le plaisir au travail ;
  6. Octroyer à ses collaborateurs les conditions essentielles pour qu’ils entament leur transformation, car ils seront tous à même de se motiver pour accepter le changement et les challenges qui l’accompagnent, s’ils en comprennent les raisons et le sens, s’ils y trouvent un intérêt personnel, s’ils ont confiance dans celui ou celle qui les invite à ce changement et s’ils en sont acteurs.

 

Être une femme dans l’industrie, aujourd’hui comme hier, suppose de prendre conscience de son unicité et de sa spécificité. Si, comme cela a été très souvent affirmé en paraphrasant André Malraux, le XXIe siècle sera féminin ou ne sera pas, il nous appartient de regarder ensemble, hommes et femmes, comment aborder cet avenir et quel changement opérer, pour trouver un équilibre harmonieux entre nous au sein de nos entreprises, sans user trop longtemps du diktat des quotas. Nous contribuerons alors à ce que l’Humain ne soit plus une option mais l’une des principales raisons d’être de l’entreprise.